par Vincent Daheron
Les coureurs de la 113e édition du Tour de France s'apprêtent à affronter des conditions difficiles en raison d'une nouvelle canicule prévue cette semaine sur une grande partie du pays.
Selon Météo France, la température maximale pourrait atteindre 41 degrés Celsius mardi à Carcassonne (Aude), d'où s'élance la quatrième étape de la Grande boucle pour rallier Foix (Ariège).
Ces conditions éprouvantes ne sont pas nouvelles pour le peloton, habitué à courir le Tour de France en juillet puis le Tour d'Espagne le mois suivant. Une canicule avait d'ailleurs frappé les routes du Tour en 2023.
"On fait le Tour de France en juillet, ça a toujours été chaud et ça le sera toujours", reconnaît Hugo Page, le coureur de Cofidis. "Avec le réchauffement climatique, ce sera de pire en pire."
Les chaleurs extrêmes peuvent affecter la santé et la sécurité des coureurs, selon Benjamin Thomas.
"Ça peut laisser de grosses traces et avoir un impact sur la santé des coureurs. Au-delà des 40 °C ressentis, ça commence vraiment à être dangereux", estime le Français de 30 ans, au départ de son troisième Tour de France.
Les équipes ont mis en place des protocoles pour refroidir les coureurs avant, pendant et après l'étape. Ils utilisent notamment des gilets ou des chaussettes réfrigérants ainsi que des glaçons autour du cou.
"Pendant la course, on utilise des bidons très frais, voire des granités glacés", explique Mattia Michelusi, le responsable du pôle performance de Cofidis, dont l'équipe utilise également des bracelets pour envoyer des stimuli froids au niveau du poignet.
MAUX DE TÊTE ET ÉTOURDISSEMENTS
L'image des coureurs de Netcompany INEOS, les avant-bras plongés dans une bassine d'eau froide en position aérodynamique, a fait sourire avant le contre-la-montre par équipes inaugural de samedi.
Mathieu Le Strat, le directeur médical de la formation Groupama-FDJ United, précise toutefois que les coureurs sont préparés à résister à la chaleur avec des entraînements spécifiques.
"On ne peut pas les comparer à la population générale avec du heat training qui a été fait de façon intensive", assure-t-il.
Cette méthode d'entraînement a pour objectif d'aider les cyclistes à s'adapter à la chaleur.
"La première étape est que les coureurs s'habituent à cette température", ajoute Mattia Michelusi. "C'est la raison pour laquelle on organise nos stages d'entraînement en Sierra Nevada (Espagne), où on peut avoir de l'altitude et des températures élevées."
Mais ces températures extrêmes ont déjà laissé des traces, notamment sur les derniers championnats de France, fin juin, où plusieurs coureurs ont subi des étourdissements et des maux de tête, selon Pascal Chanteur.
Ce dernier, vice-président du CPA, le syndicat international des coureurs, appelle les organisateurs à commencer les étapes plus tôt pour éviter les plus chaudes températures au cours de la journée.
"Exercer son métier pendant six heures à des températures extravagantes, ce n'est pas possible", s'indigne-t-il auprès de Reuters.
"La véritable solution qui doit arriver pour l'avenir, c'est de modifier les horaires de départ. Il n'y a pas le choix. Ça veut dire qu'il faut faire des départs plus tôt le matin", estime-t-il.
Mais les horaires sont étudiés pour favoriser des pics d'audience à la télévision.
LES PRÉFETS POURRONT ANNULER UNE ÉTAPE
S'exprimant à la veille du départ du Tour de France à Barcelone, le patron de l'épreuve Christian Prudhomme s'est dit confiant dans la capacité de la course à faire face à des conditions météorologiques extrêmes.
"On est prêt, en effet, à s'adapter partout, toujours, tout le temps", a-t-il déclaré vendredi lors d'un point presse.
"Nous fournirons aux équipes davantage de glace. On peut jouer sur le ravitaillement, théoriquement interdit dans les 30 premiers et 20 derniers kilomètres, et nous avons déjà ajouté une troisième moto-fraîcheur pour fournir des bidons", a ajouté Christian Prudhomme.
L'Union cycliste internationale (UCI) a instauré en 2024 un nouveau protocole forte chaleur, basé sur un système d'évaluation des risques à cinq niveaux à partir de l'indice Wet Bulb Globe Temperature (WBGT), qui prend en compte notamment la température de l'air, l'humidité et le vent.
Ce protocole de l'UCI n'est toutefois pas contraignant et se limite à recommander des mesures préventives, allant jusqu'à la possibilité de neutraliser ou d'annuler une étape si le WBGT dépasse 28 degrés Celsius.
En outre, les préfets pourront, "à titre exceptionnel", annuler une étape du Tour de France 2026 en cas de chaleur extrême, selon un courrier consulté par Reuters que leur a adressé vendredi dernier le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.
(Reportage de Vincent Daheron aux Angles, édité pat Benoit Van Overstraeten)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer